Espoir et Scepticisme autour du Projet de Gestion des Déchets à Mouchinette
La ville du Cap-Haïtien, longtemps porteuse d’une image touristique et historique, peine aujourd’hui à gérer une crise environnementale grandissante. Avec des inondations récurrentes et des déchets qui envahissent rues et canaux, l’espoir repose désormais sur le projet de gestion des déchets solides lancé à Mouchinette, dans la commune voisine de Limonade. Financé à hauteur de 34,5 millions de dollars par la Banque Interaméricaine de Développement (BID), ce projet ambitieux vise à améliorer la gestion des déchets pour le Cap-Haïtien et ses communes environnantes. Cependant, son avancement reste timide, suscitant à la fois espoirs et scepticisme parmi les habitants et les autorités locales.
Ce projet, qui inclut la construction d’un site de décharge intégré, est conçu pour traiter et recycler les déchets solides, une priorité dans un environnement où les déchets plastiques et ménagers polluent massivement les espaces publics. L’initiative devrait desservir non seulement Cap-Haïtien, mais aussi Limonade et Quartier-Morin, renforçant ainsi la coopération intercommunale. Toutefois, ce site est encore en phase préliminaire, avec seulement un hectare de terrain exploité pour une capacité de stockage modeste. Patrick Almonor, maire adjoint et président de la société en charge du projet, exprime son optimisme mais reconnaît que la mise en place de ce centre est lente et reste une solution temporaire face à l’urgence de la situation.
Le projet prévoit de recycler divers types de déchets pour produire des matériaux à haute valeur ajoutée, réduisant ainsi l’enfouissement. Cependant, des experts en gestion des déchets, comme ceux de la société Le Nettoyeur LN Recycling, soulignent que l’insalubrité du Cap-Haïtien, notamment en ce qui concerne les plastiques, nécessite une action plus rapide et plus complète. L’enfouissement seul, même conforme aux normes environnementales, ne résout pas le problème de fond. Le recyclage reste une option urgente, surtout en l’absence d’un système de collecte efficace et de centres de traitement opérationnels.
La mise en œuvre de ce projet de gestion des déchets est d’autant plus compliquée par des obstacles administratifs. Un appel d’offres lancé en 2024 pour la gestion et le recyclage des déchets solides dans le Nord d’Haïti, financé par la Banque Mondiale et la BID, n’a pas encore abouti. Les retards dans l’attribution des contrats soulèvent des questions sur l’efficacité des mécanismes de passation des marchés. Alors que des financements et des engagements sont présents, la lenteur du processus et l’absence de résultats tangibles augmentent les inquiétudes sur la capacité des autorités à transformer les promesses en actions concrètes, dans un contexte où l’insalubrité reste un défi majeur pour le développement de la région.
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