- Fritz Alphonse Jean et la Brigade des Aires Protégées : Un pari risqué pour la lutte contre les gangs
Le président du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Fritz Alphonse Jean, a récemment exprimé sa volonté de « nettoyer la cour » en demandant au Premier ministre de repêcher dans les rangs de la Brigade des Aires Protégées (BSAP) quelques « poissons propres » pour renforcer la lutte contre les gangs. L’image d’un grand purificateur national prêt à éradiquer le mal est séduisante, mais peut-elle se concrétiser face à la réalité de cette brigade controversée ?
Il est essentiel de se rappeler ce qu’est la BSAP : une unité censée protéger les espaces naturels du pays. Mais dans les faits, cette brigade est souvent critiquée pour son absence d’enquête de moralité, sa formation douteuse et son implication dans des actes de violences et de corruption. De nombreux témoignages font état de comportements abusifs de certains de ses membres, qu’il s’agisse de menaces envers les paysans, de rackets envers les commerçants ou même de manipulations dans le trafic de biens à la frontière. Un véritable paradoxe lorsqu’on la place au cœur de la lutte contre les gangs, un secteur qu’elle n’a jamais semblé maîtriser.
En demandant à la BSAP de contribuer à la sécurité nationale, Fritz Alphonse Jean semble ignorer les critiques historiques qui ont marqué l’histoire de cette brigade. L’analogie avec le pyromane devenu pompier illustre parfaitement le dilemme : comment confier la mission de purifier un environnement à ceux qui y ont eux-mêmes contribué, volontairement ou non, à sa dégradation ? Cette décision pourrait aggraver les problèmes au lieu de les résoudre, car elle risque d’intégrer à la lutte contre les gangs des acteurs déjà perçus comme faisant partie du problème.
Enfin, cette initiative pourrait, à long terme, nuire à la crédibilité du processus de nettoyage qu’entend mener le président du CPT. À force de vouloir transformer l’impur en pur, on risque de ne rien éliminer du tout, mais plutôt de renforcer un système déjà corrompu. Une approche plus radicale et moins contradictoire serait peut-être de revoir en profondeur la composition et la mission de la BSAP avant de l’intégrer dans des mécanismes censés promouvoir la paix et la sécurité.
duverneguyno@gmail.com
